LAST NIGHT YOUTUBE SAVED MY LIFE

mémoire(s) d'une aventure youtubesque

ESAD - Pyrénées • 2019

Last night a D.J. saved my life Last night a D.J. saved my life, yeah ‘Cause I was sittin’ there bored to death And in just one breath he said

Last night a D.J. saved my life Last night a D.J. saved my life from a broken heart Last night a D.J. saved my life Last night a D.J. saved my life with a song Last night a D.J. saved my life Last night a D.J. saved my life from a broken heart Last night a D.J. saved my life Last night a D.J. saved my life with a song

Double time Last night a D.J. saved my life There’s not a problem that I can’t fix ‘Cause I can do it in the mix ‘Cause I can do it in the mix,

In the mix, in the mix, in the mix, in the mix, in the mix In the mix, in the mix, in the mix, in the mix, in the mix

« Last night a D.J. saved my life »,
Indeep, 1983,
paroles de Michael Cleveland

♥ ENJOY ♥

→ Ici s'affichera LA playlist de « Last night YouTube saved my life », mémoire(s) d'une aventure youtubesque entre juillet et octobre 2019.

Les titres des vidéos sont syntaxiquement, orthographiquement et typographiquement fidèles à ceux sur YouTube. Certaines des vidéos auront peut être été censurées / supprimées entre le moment ou vous lirez et le moment où j'ai écrit ce texte.

→ Dans le cadre d'un master en design graphique multimédia à L'ESAD Pyrénées - Pau, pôle Nouveaux Médias, Écritures Numériques.

Ce texte a été écrit par un internaute, pour les internautes.

Ce site est composé avec les caractères Sprat et Compagnon.

Dernière actualisation : avril 2020.

2019, d’un soir d’été à un autre, en automne. Le récit qui va suivre est une aventure. Une aventure quotidienne qui est la mienne et qui ressemble à beaucoup d’autres. C’est avant tout le récit de déambulations musicales sur YouTube, nourries et guidées par les algorithmes, au gré de formes et formats en tous genres. C’est un contenu quelque peu hétérogène où se croiseront d’autres histoires, de « professionnel.le.s » et d’amat.rice.eur.s, entre un contenu pointu et décalé, documentaire et fictionnel. Du streaming live à l’archivage, de la radio à la télévision.

À celles et ceux qui s’apprêtent à lire ce texte :

J’aimerais vous recommander d’être simplement assis. Si possible l’esprit libéré de toutes pensées sérieuses, de vos à priori sur les médias de masse, la musique et les réseaux sociaux. La posture dans laquelle vous vous trouvez doit être la plus détendue possible, les mains libres prêtes à cliquer sur quelques liens. Assurez vous de ne pas avoir dans votre environnement trop de perturbations sonores et visuelles, même si cela se fait de plus en plus rare... Dites, vous n’êtes pas rebuté par les écrans et les plateformes numériques ? Car moi non. Les écrans font aujourd’hui partie des paysages que nous parcourons quotidiennement. Particulièrement ceux de nos ordinateurs, et les fenêtres ouvertes sur le web dans lesquelles nous naviguons en suivant des cartes chaotiques. En ce qui me concerne, mes seuls points de repères dans le flux d’internet se résument à des liens de favoris pré-organisés sous ma barre de recherche. Pour poursuivre notre navigation sur les flots qui arrivent, je vous invite, si vous le voulez, à intégrer dans vos favoris la page de YouTube. Et pensez à activer le « thème sombre » qui est proposé quand vous cliquez sur l’icône de votre profil, sur le menu en haut à droite de la page. Si vous ne trouvez pas ça beau, au moins vous aurez moins mal au yeux.

Plus loin dans le texte je citerai également un certain nombre de vidéos qui nourrirons le récit de petites histoires qu’il me semblait important de raconter. Une liste non exhaustive mais que j’ai voulu la plus représentative et synthétique des cas étudiés. Vous pourrez les retrouver sur une playlist à  : cette adresse et vous pouvez d’ores et déjà vous positionner dessus et vous référer à elle en temps voulu. Si vous lisez ce texte sur le site web qui lui est dédié, ne bougez pas. Je vous inviterai régulièrement à un/des visionnages, donc restez à proximité de votre connexion internet. Cette lecture pourrait durer un certain temps si vous vous attardez sur chaque lien en entier, et je ne saurais que vous le conseiller, mon iconographie étant dans la quasi totalité composée de ces vidéos. Mais ce n’est pas une obligation.

Attention cela n’est en aucun cas une incitation à la consommation ! Même si pour ma part cela fait un moment que YouTube est entré dans mes favoris. Pour des raisons qui me sont très personnelles; liées à mon histoire, une passion pour la musique je suppose, et je dirais l’audio-visuel en général. Et je crois que l’âge y est pour beaucoup. Je suis né en 1995, je ne fais pas partie de la génération MTV et après avoir premièrement connu la télévision jusqu’en primaire, mes nouvelles passions pour quelques musiques rock, vers mes 10 ans, m’ont conduit naturellement vers le média qui la remplacera petit à petit : YouTube. J’ai encore quelques images en tête de mon premier visionnage, de ma première recherche sur l’ordinateur fixe de mon beau-père. C’était pour aller regarder le superbe clip du morceau What I’ve Done Playlist : 1 de Linkin Park, issu de leur troisième album Minutes To Midnight [a]LP cover album dont le collage d’images qu’il intègre avait déjà marqué mon inconscient de quelques idées politiques. Le compte était donc lancé, d’année en année et au fil des découvertes, YouTube allait être le média de prédilection pour les jeunes gens comme moi, amat.rice.eur.s de musique et de clips vidéo. Cet événement se passe en 2007, la plateforme [1]Créée en 2005 par Steve Chen, Chad Hurley et Jawed Karim, YouTube est une plateforme web de service d’hébergement de vidéos et un média social permettant d’uploader, de partager, de visionner, de commenter et d’évaluer des vidéos. Le service est racheté et est depuis 2006 la propriété de Google. existe depuis 2 ans et est déjà en plein essor cover TIME magazine - YOU 2006[b].

Si j’écris ce texte, c’est avant tout car je cherche à analyser des usages et des pratiques personnelles. Je considère YouTube comme une vaste bibliothèque numérique dans laquelle je vais régulièrement chercher de quoi assouvir mon envie musicale du moment. Il y a du déjà connu, comme des singles ou des albums que j’ai pris soin de ranger dans mes playlists, des formes hybrides et évolutives, des chaînes auxquelles je suis abonné, que je vais régulièrement voir comme des émissions T.V/radio, ou des disquaires. Le dernier type de contenu étant celui que les algorithmes me suggèrent, que je visionne mais que généralement je laisse défiler comme si je marchais au milieu de stands avec des personnes qui me tendraient à bout de bras des cds, cassettes ou vinyls en criant « Regarde ! Regarde ! ».

Mon analyse se limitera en grande partie à mon environnement propre, et déjà très dense : playlists, abonnements et autres éléments actuellement présents sur la page de mon compte personnel. Je fais ce choix car je pense que YouTube est un vaste territoire, et n’ayant pas une vue omnisciente sur tout ce qu’il s’y passe, je préfère restreindre mon analyse au paysage que j’ai devant moi.

- César ? Tu fais quoi ?
- Euh pas grand chose… je suis en train d’écrire un petit texte.
- Un texte sur ?
- Hmm, sur ma rencontre avec YouTube en quelque sorte, la musique, les clips vidéo etc.
- Haha d’accord. C’est étrange mais pourquoi tu fais ça ?
- C’est plutôt spontané, l’idée a germé dans ma tête il y a quelque temps, j’essaye juste de faire un point sur mes activités quotidiennes et ma consommation de musique, mais en essayant de donner un point de vue plus théorique on va dire.

YouTube, qui est à l’origine une plateforme dédiée à l’upload, au partage et au visionnage de vidéos est devenue et s’est définie comme un espace de choix pour expérimenter de nouvelles formes, de nouveaux formats ralliant et confrontant image et musique. Celles et ceux qui en alimentent son contenu, qu’iels soient professionnel.le.s ou amat.rice.eur.s, y ont librement pris position dans leur façon de partager, de montrer, de filmer, de critiquer, d’illustrer et de réinterpréter la musique et ses représentations. Il en ressort aujourd’hui un contenu audio et visuel très dense et diversifié qui je pense est en capacité de combler les envies de tout un chacun. Ou au moins des gens comme moi.

- Je dois avouer que je me pose pas trop de questions sur ce propos. Mais c’est un champs d’analyse large non ? Tu parles de quoi toi à travers tout ça ?
- Bonne question… !

Bon vous l’aurez compris, je vais tenter d’analyser les pratiques des act.rice.eur.s de YouTube à travers les formes et les formats des contenus qui se présentent à moi, actuellement et depuis quelques années. Des internautes qui sont venu.e.s de l’intérieur bousculer l’ordre d’une plateforme alors définie par les majors de l’industrie musicale et du numérique. En proposant d’autres modèles de diffusion, d’autres agencements et d’autres esthétiques. Autant de singularités et de diversités qui par leurs existences multiples ont transformé une partie de l’imagerie vieillissante et les vieux adages qui définissaient jusqu’alors le paysage musical. Ainsi iels ont su, au sein d’un média de masse, résister à un système uniformisant et globalisant en s’emparant des contraintes de format et d’interface de la plateforme pour apporter une autre façon de voir, de produire, de penser et de diffuser la musique.

- Oh et au fait tu as écouté la dernière compil’ sortie sur la Souterraine[2]Créé en 2013 par Benjamin Caschera et Laurent Bajon, La Souterraine est une entité entre observatoire musical et label discographique français. Présente principalement sur la plateforme Bandcamp, elle compte aujourd’hui des centaines de sorties d’albums et de compilations à son actifs. Cherchant à mettre en avant, représenter et incarner une majeure partie du paysage de l’underground pop francophone.[c] ?
- Non du tout, c’est quoi ? Pas vu passer.
- Ah bon !? Tu m’étonnes ! C’est Rurbain [d], je l’ai pas mal écouté pendant mes trajets en voiture ces derniers temps, toujours très bien, parfait pour l’été ! Et ça y est j’ai installé l’application de Bandcamp Bandcamp est un site web, plateforme en ligne principalement dédiée aux artistes indépendants. Elle propose aux artistes de diffuser gratuitement leur musique et aux utilisateurs la possibilité d’acheter à prix libre, ou celui établit, les pistes et albums complets qui seront stockés dans leur bibliothèque.[3] sur mon portable, maintenant même sans réseau je peux écouter toute ma bibliothèque !
- Bonne initiative ! Je t’avoue que je suis plus l’actualité sur YouTube mais je me suis créé un compte sur Bandcamp récemment pour acheter 2/3 albums mais sinon j’y vais occasionnellement, vraiment quand je découvre un artiste ou un label.
- Oui j’ai bien compris que toi c’est plutôt YouTube ou la mort ! Haha. T’as jamais tenté d’autres trucs ?
- Si Bandcamp du coup, mais pas régulièrement et pour de bonnes raisons !
- Soundcloud ?
- Oui il y a quelques années ! J’ai un peu navigué dessus, j’aimais bien chercher et dénicher des petits artistes ou labels underground. Dans des styles un peu lo-fi, chill, et surtout dans les musiques électroniques, et nouvelles musiques hybrides. J’avais trouvé quelques pépites ! Mais je suis resté captivé par YouTube.
- Oui je vois, c’est vrai que je l’utilise de moins en moins.
- Et Deezer ?
- Hm pas trop, une dizaine de fois seulement pour des albums avec des plus grosses productions ou des discographies d’artistes déjà bien connus, c’est plutôt bien. Mais j’ai jamais lâché une thune pour ça.
- Spotify ?
- Non, pas trop mon truc.
- O.K. En tout cas moi j’aime bien Bandcamp, j’y trouve mon compte, j’ai mes petits albums que j’achète à prix libre, je trouve ça chouette !
- Bah c’est que je crois que je suis vraiment un consommateur compulsif de musique, Bandcamp me suffirait pas, j’ai besoin de cliquer partout.
- Oui c’est vrai que YouTube est plus adapté pour ça en effet !
- Oui c’est ça ! T’as pleins de vignettes de partout, j’adore.

La particularité de Youtube, comparé aux autres plateformes / applications dédiées à la musique, c’est la possibilité (même l’obligation) d’associer librement de l’image statique ou animé à un contenu audio au sein d’un format vidéo. Même si Soundcloud [e] et Bandcamp [f] le permettent également, le rapport entre les deux est beaucoup plus dissocié. On publie en premier un ou des fichiers audio, et ensuite on y ajoute une jaquette, un fichier image qui accompagnera le contenu sonore. Sur YouTube on publie des fichiers vidéo, l’image et directement liée au son, et inversement. À moins de publier une vidéo en fond noir ou blanc, rarement vu à part si on rate son export, son upload où si on a un concept derrière. On ajoute donc forcément du contenu visuel. À l’inverse on peut parfois trouver des images sans aucun son. Beaucoup d’internautes ont donc profité de cette particularité de la plateforme pour réaliser des créations originales et parfois développer un graphisme reconnaissable, en lien avec une ligne artistique, éditoriale même, qui les définissent. Sur ce dernier point, certains se rapprochent voire réalisent le même travail qu’un label. Voici une liste non exhaustive quelques noms sur lesquels je reviendrai (pour certains) :

TheLazylazyme, Phone Sex, Evergreen, Nice Guys, STEEZYASFUCK, David Dean Burkhart, The Worst Taste, alona chemerys, Houseum, 201118138347, ProvocativeEducative !, OOUKFunkyOO, No Punks In K-Town, DigitalItaly, humoycaramelos, When Dubs Cry

- Attends 2 secondes, ça charge, j’ai des milliers d’onglets d’ouverts.
- En effet ! Mon pauvre je sais pas comment tu t’y retrouves.
- Ah ça y est ! Bon alors là je vais te montrer quelques uns des abonnements qui je pense devraient te plaire. Ils illustrent ce que je disais tout à l’heure.
- Hm. Alors… Nice Guys, STEEZYASFUCK, The Worst Taste, TheLazyLazyme, alona chemerys, qu’est ce que c’est que tout ça ?
- C’est quelques chaînes auxquelles je suis abonné. Laquelle te parle le plus ?
- The Worst Taste, sans hésiter ! Haha, le nom donne tellement pas envie que ça éveille ma curiosité.
- Bon choix ! Bon et maintenant dis-moi ce que tu vois ?
- … et bien déjà je vois écrit The Worst Taste, 365 000 abonnés. À droite, des liens vers d’autres plateformes musicales et des réseaux sociaux.
- Oui mais dis moi plutôt, les images ?
  - Si je défile sur les vidéos à première vue je vois beaucoup de noir et blanc. D’images… de photos de femmes et de duo femme-homme, qui se regardent, qui se touchent. Beaucoup de corps qui se rencontre quoi. Il y a quelques peintures et dessins aussi, des portraits, des gens de dos.

Playlist : 2 à 7 En effet, la ligne graphique de The Worst Taste intègre beaucoup le noir et blanc et l’image photographique. On peut ressentir déjà sans écouter ce qu’il s’y trouve, un sentiment très personnel se dégage des visuels choisis. D’ailleurs si on suit l’évolution des vignettes sur la page principale des vidéos, on pourrait y percevoir une sorte de narration, de continuité entre les images, des événements qui s’enchaînent. Même avant de débuter ce travail de ré-appropriation de la pochette, les visuels originaux des musiques publiées au début de la chaîne étaient déjà dans les thématiques évoquées précédemment. À croire que pour celui/celle qui gère cette chaîne, la pochette a autant d’importance que la musique dans le choix de publication. On peut entendre sur la chaîne un panel de genres assez varié, mais dans un registre commun : folk, rock, pop, bedroom pop et dream pop. Entrecoupé de quelques notes de r’nb lo-fi.
De musique en musique, on remarque une certaine continuité, des sonorités et des couleurs similaires. Sur Gloria Laing - Why Can’t I Have You, le titre de la chanson en dessous d’un morceau de la peinture; La jeune fille et la mort du peintre Henry Lévy donne une autre interprétation de l’oeuvre. La vidéo de Surf Curse - Opera raconte de cette main s’accrochant à une autre un moment dramatique, tandis que l’image de KEN - lua est porteuse d’un message bien visible. Les trois dernières et plus anciennes publications de Tennis - 10 Minutes 10 Years, Jelani Aryeh - Spectrum et No Vacation - Yam Yam laissent s’exprimer, toujours dans un ton similaire, la pochette des albums.

En suivant, la chaîne de l’ukrainienne alona chemerys, influenceuse musicale aux 450 000 abonnés. La règle d’or de sa chaîne : une musique + une image du travail d’un.e artiste. Les mentions « music by » et « art by » sont présentes sur chacune des vidéos, comme ça on peut regarder le portfolio en appréciant le morceau. Globalement, on s’aperçoit de son faible pour le dessin, l’illustration et la peinture. Les gammes de couleurs et les thèmes convoqués nous font entrer dans un univers tantôt pop, tantôt psyché et bien souvent un peu les deux, exactement comme les musiques proposées. Playlist : 8 à 10 Je vous laisse apprécier par vous même.

Et puis il y a celles qui sur le même modèle que précédemment choisissent d’apporter à la musique une création originale. De détourner/remixer musique et/ou image :

Playlist : 11 à 14 Dans un registre un peu plus décalé et que subjectivement je pourrais qualifier de second degré : MirrorInTheMirror, la chaîne aux 11 000 abonnés aussi étonnante que commune. La page propose une sélection bien rodée de tubes internationaux. Ses contenus s’accompagnent d’une vidéo diaporama qui quand elle n’est pas littéralement reliée à l’artiste s’avère thématique, voire engagée, ou humoristique. Le montage devient alors un espace de choix pour faire passer des idées en douce, sous couvert des grands noms de l’histoire de la pop et du rock. Sur la vidéo d’Elton John, Part-Time Love à caractère presque journalistique, l’aut.rice.eur brosse un portrait de l’année 1978. Au programme, des images des unes de journaux, du foot, des voitures… le tout entrecoupé de belles photos du chanteur. Avec Girls & Boys de Blur on aterrit cette fois en 1979. Attention le contenu est engagé politiquement [g], un peu comme le diaporama fait pour Enola Gay du groupe Orchestral Manoeuvre In The Dark où des photos du groupes s’entrecoupent d’images d’archives du tristement célèbre bombardier. Entre presse people et politique. Une dernière plus légère montre une sélection des plus beaux portraits d’animaux facétieux pour illustrer la chanson de Queen : Another One Bites The Dust. Le diaporama parle de lui même, ou presque.

Côté détournement de clips vidéos connus, je ne pouvais pas passer à côté des YouTube Shreds. Concept vidéo de détournement humoristique dont le parti pris est de radicalement couper le sons des clips pour en re-créer un. Il est littéralement lié à la musique puisqu’il consiste en une imitation très grossière, voir réductrice et moqueuse des parties vocales et instrumentales auxquelles se rajoutent d’autres bruits ambiants. En top trois, toujours très subjectif Playlist : 15 à 17 : le clip de Dancing in the streetMike Jagger et David Bowie, très complices semblent rentrer de soirée bien alcoolisés. De son côté Eddy Mitchell passe le temps en fredonnant sa chanson phare Sur la route de Memphis, mais manque un peu d’articulation… Et les Beach Boys cassent leur harmonie légendaire dans le non moins connu I get around.

Du côté des remix et des ré-interprétations, YouTube est la plateforme par excellence pour les covers (reprises) en tous genres de morceaux plus ou moins connus. Donnant lieu à des performances de plus ou moins bonnes qualités mais dont certaines ont su marquer les oreilles et le coeur des internautes par leur sincérités et leur originalité. Je vous propose donc deux covers pré-figurant déjà dans mes playlists Playlist : 18 à 19 : en premier une reprise par l’artiste pop français Emmanuel Mario et ses amis du morceau Disco laser de Rony Emmanuel. On peut noter le grand enthousiasme des performeurs et l’utilisation d’un effet grille d’une qualité médiocre mais qui laissera un souvenir flou et heureux. En second une reprise plus contemporaine de la musicienne et productrice française Oklou de la chanson Je t’aimais, j’e t’aime et je t’aimerai de Francis Cabrel. Cette fois la reprise apporte à la chanson une sensibilité et une esthétique très personnelle et poétique assez loin de l’originale.

Playlist : 20 En version flûte cover, on a sur un autre bord la chaîne shittyflute, dont l’objectif est de réaliser les « shittiest flute covers » ou les reprises à la flûte les plus « dégueulasses » et « merdiques ». Sur fond de reprises de tubes pop du monde entiers (pas d’épargnés), et sur un ton humoristique, on trouvera sur chaque vignette un superbe montage de l’artiste ciblé et d’une flûte.

Playlist : 21 à 24 Sad Slowed Down, la chaîne dont le nom définit basiquement le concept de ses créations, c’est à dire des musiques volontairement ralenties. D’ailleurs on pourrait qualifier ces pratiques de remix de style musical à part entière tant il en existe. Idée intéressante, que j’apprécie pour le ton toujours plus nostalgique et les ambiances différentes que cela donne aux différentes musiques. Sur chaque élément, une vidéo GIF est associée à la musique. La source provient presque exclusivement de tout un folklore d’anime manga. Le format des boucles animées jouent sur l’émotion, par des images qui convoquent à la fois la nostalgie, la solitude, la tristesse, l’urbain et la technologie. Le croisement entre le ralenti et les GIF donne l’impression d’une boucle temporelle où les secondes passent lentement. En arrière plan de ces choix esthétiques on entrevoit le genre musical et mouvement artistique vaporwave Apparue au tournant des années 2010-2011, la vaporwave est un genre musical et mouvement artistique né dans le cyberespace, dans des communautés en ligne, portant intrinsèquement une critique dystopique du capitalisme. On retrouve dans ses esthétiques le fait de remixer et ralentir des morceaux pré-existants, notamment des années 80-90-2000. Le design s’inspire aussi de ces années là et est emprunt de glitch art, sculpture classique et design des années 90. On y retrouve aussi souvent l’utilisation de caractères japonais et autres écritures non occidentales sur les couvertures. [4]. Encore une fois le propos de ce type de chaîne me semble pertinent de par sa prise de position esthétiquement forte qui cherche à faire voir une musique sous un nouveau jour.

Playlist : 25 à 28 Dans un registre similaire à la chaîne précédente, the bootleg boy qui propose en plus de ses sorties quotidiennes une radio diffusée en d'inspirations lo-fi, chill beats. Sur fond de prod rap et hip-hop viennent s’insérer des nappes sonores et des arpèges mélancoliques auxquelles se rajoutent des voix r’nb distordues et pitchées. Les visuels sont des créations originales construites en collage d’images issues d’anim manga (dont la source est citée cette fois) sur fond de vidéo, où on notera une omniprésence de l’eau et particulièrement de la pluie. On peut dire qu’ici encore la quête de la nostalgie et du triste sont toujours là.

Dans presque tous les visuels, le nom du morceau est écrit entre guillemets en blanc ou jaune, comme un sous titre qui donne à l’image quelque chose de plus à raconter, un détail supplémentaire. Cela reprend également la façon dont sont construits les mèmes internet. La pertinence des publications réside ici dans la narration que the bootleg boy cherche à créer entre la musique, le nom (texte) et un visuel.

- Je sais pas trop quoi penser ce que j’ai vu, c’est très éclaté comme contenu, y’a tellement de choses de tous les côté ! Tu dois vraiment t’y perdre dans tout ça. Déjà je me souviens que de la moitié de qu’il s’est passé !
- Mais tu en as pensé quoi ?
- Et bien je trouve ça très puissant, le rapport au visuel. C’est vrai que je m’en étais jamais rendu compte mais ça change vraiment la perception dès qu’on associe une musique et une image, on peut raconter une infinité d’histoires différentes ! Ça me rappelle quand j’ai mes écouteurs et que sur une scène banale j’écoute une musique qui peut donner ou prendre un autre sens. C’est un travail de collage qui rappelle le cinéma je trouve…

Playlist : 29 à 33 En parlant de cinéma, j’aimerais vous inviter à naviguer vers la chaîne i’m cyborg but that’s ok, dont le nom reprend le film éponyme de Park Chan-Wook, jouant totalement du lien entre musique et image pour proposer un montage/collage de séquences reprises d’un film sur chaque vidéo. Par cette manoeuvre, se créé alors un objet se situant à la frontière du clip et du court-métrage. En effet on dit qu’au cinéma, la bande originale ou la musique transforme toujours l’image, donne un ton, une/des couleurs aux scènes qui sont jouées. On appuie alors une séquence triste en la rendant encore plus triste ou à l’inverse en prenant le contre pied de celle-ci, on la rend étrangement gaie ou on rend la chose burlesque. Et bien c’est ici le même processus qui opère. L’intérêt que je trouve à cette chaîne est sûrement que l’on a autant l’envie de regarder que d’écouter ce qu’ on y trouve. Et tout simplement on se laisse aller dans ce qui se créé entre les deux univers.
Une association insoupçonnée d’une musique et d’un film que l’on connait parfois déjà et que nous voyons sous un autre angle. Bien sûr, j’y découvre également de nouvelles musiques ou de nouveaux films, ces derniers étant toujours crédités sous la vidéo.

La première vidéo de cette liste fait se rencontrer la musique de la portugaise Sara Não Tem Nome et un des film les plus populaire de Jean-Luc Godard : Pierrot le fou. On suit alors exclusivement la relation amoureuse entre les deux protagonistes, se balladant de plans en plans avec légèreté. Encore une histoire d’amour mais sous un aspect mélancholique cette fois entre la chanson What would I do ? de Strawberry Guy et Minnie and Moskowitz de John Cassavete. Puis arrive Sufjan Stevens et Le tombeau des lucioles qui sans aucun doute vous posera dans une certaine tristesse. On pourra remonter la pente avec la rencontre fortuite entre Daniel Johnston et Louis Malle, et enfin finir par l’inatendue mais non moins heureuse vidéo souvenir qui s’est créé dans l’association du groupe de punk-rock Blink182 et Un’ora solo ti vorrei film documentaire d’ Alina Marazzi basé sur des images d’archives de sa mère.

Des liens entre musique et image au cinéma, d’autres l’ont également explorés. Cela concerne notamment la web-série Blow Up sur « l’actualité du cinéma (ou presque) » comme ils disent, produit par la chaîne télévisée ARTE. À travers ces vidéos thématiques autour du cinéma, les vidéos écrites et réalisées par Thierry Jousse, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma et journaliste musical aux Inrockuptibles à la fin des années 90 où il écrit déjà sur des compositeurs de film. Il a également collaboré et animé des émissions de radio sur France Inter, France Musique et France Culture.

J’ai sélectionné pour cette partie deux des vidéos qu’il a réalisé Playlist : 34 à 35 la première ayant pour sujet la musique brésilienne et la seconde le compositeur français de musique de films Alexandre Desplat. À l’instar de ce qu’il se fait sur la chaîne, Thierry Jousse nous propose ici un format où musique et image servent le scénario de son émission, qu’il lis avec une grande justesse, prenant la forme d’une écriture radiophonique. Entre témoignage personnel et récit journalistique. Ce qui m’a toujours plu dans ces émissions c’est certainement le triple niveau de lecture : entre le récit écrit par l’auteur et la musique, la musique et les séquences des films et dans la narration qui se construit entre les trois.

Je ne pouvais pas terminer sans citer le groupe pictavien Microfilm qui, même si la rencontre date d’il y a quelques années et dont le projet est aujourd’hui dissout, aura marqué ma mémoire de son oeuvre audiovisuelle. Il reste encore quelques traces de leur musique Playlist : 36 à 37 où on peut apercevoir des extraits des objets que réalisait Guillaume Chiron, guitariste du groupe aujourd’hui graphiste et plasticien, dont les compositions, à cheval entre musique et cinéma, jouaient d’un univers où les collages d’extraits de films venaient rythmer les instrumentales post-rock, produisant ainsi des scènes inattendues, dans un graphisme revisité et irréprochable.

Vous pourrez dans ces deux vidéos suivre l’orchestration des mésaventures de Marlon Brando dans le film La Vengeance aux deux visages réalisé par lui même, et les chorégraphies aériennes et surnaturelles de Jimmy Wang Yu dans Master of the flying guillotine, réalisé également par ce dernier.

- J’ai envie de matter pleins de films maintenant !
- Moi aussi, j’en ai noté pas mal !
- Ça m’a beaucoup plu, toutes ces formes musicales reliées au cinéma. Toutes ces interconnexions entre les différentes vidéos… ça a du sens ! Mais du coup ya quand même un point noir dans tout ça, quand est ce qu’on voit les artistes ?
- Bien vu ! Mais justement je voulais plutôt te montrer des pratiques plus liées à la l’imaginaire que des personnes ont créé autour de la musique, moins des vidéos live etc.
- Oui je vois, et tu connais d’autres chaînes qui font ça je suppose ?

Sur YouTube, les vidéos de lives musicaux ne se comptent plus tellement la pratique s’est démocratisée. Des chaînes proposent même à des artistes de jouer leurs albums en entier, sans contraintes de temps ni de sélection musicale. Fini les plateaux T.V avec en exclusivité le tube phare d’un.e artiste, fini d’attendre la sortie DVD de la tournée pour pouvoir enfin s’y projeter dans son salon. Les publications quotidiennes nous ont habitué à voir les artistes performer en ligne dans des espaces protéiformes : dans des studios, des églises, des musées, des forêts, des parcs, des appartements, des ascenseurs, des bibliothèques, sur des voies ferrés ou encore dans des cubes monochromes. Si on a de la chance, on peut même grâce au streaming live vivre et partager ces moments en direct.

Playlist : 38 à 40 - Ah ouais j’adore matter les lives des Boiler Room [5]Lancé en 2010 Boiler Room est le projet londonien de Blaise Bellville et Thristian Richards basé à l’origine sur l’organisation et la diffusion sur internet de dj sets à audience réduite. À l’heure actuelle, le projet s’est exporté et possède des antennes dans le monde entier.[h] moi.
- Tu m’étonnes, c’est bien ta culture toi la musique club !
- C’est vrai, enfin ils diffusent pas que ça, j’ai déjà vu de super lives dans d’autres styles aussi, je me souviens j’étais tombé sur un stream d’Hermeto Pascoal y’a quelques temps. Et plus récemment aussi le live jam de Black Midi, c’était assez intense !
- Oui ils ont plutôt élargi leur programmation depuis les débuts.
- Et les lives des groupes sont super ! J’aime toujours la forme des émissions, tu te souviens de la soirée où on avait projeté des streams live et des dj sets sur le mur de l’appart ? Avec de bonnes enceintes, on y était presque !
- Oui je me souviens ! En même temps ils ont un positionnement de caméra assez immersif où on a ce point de vue comme si on était devant le dj ou les personnes qui jouent ! C’était drôle, on avait l’impression de vivre la chose vraiment, tout le monde dansait devant la projection. Et on s’amusait à commenter en direct sur le chat ce qu’il se passait, genre le mec relou qu’on voyait au second plan qui venait voir le dj là.
- Haha, comme aux soirées ! On a même plus à se déplacer !
- Pas faux, mais ressentir toute l’atmosphère d’un lieu ça fait du bien aussi, là ça change un peu la perception de l’événement quand même.
- Ah ça je dis pas le contraire ! Mais bon l’approche est différente quand tu fais l’un où l’autre. Moi je sais pertinemment que ce que je vois sur Boiler Room, je ne pourrais jamais le vivre en vrai, tous les lives sont à l’étranger quasiment !
- C’est sûr… Tu ramènes l’événement à la maison quoi !
- Et La Blogotheque tu suis toujours ?
- Ah oui ça je suis toujours hyper fan ! Je regarde encore et je m’en suis pas lassé ! Je trouve que les images et les enregistrements sont toujours très poétiques et touchants.

Je ne saurais pas vraiment dire d’où cela est parti, ce qui est sûr c’est que depuis quelques années il y’a tout un pan des labels, radios (devenues webradios), web T.V et passionné.e.s de musique qui se sont tourné.e.s vers la diffusion d’enregistrements live, sous des concepts et des formats originaux.

Playlist : 41 à 46 Je ne pouvais pas parler de musique live enregistrée sans parler, bien entendu, d’une de mes chaîne favorite depuis des années : La Blogotheque, un des médias, pionniers du genre, ayant amené à la musique une autre façon de la filmer et de la regarder, sous un angle plus spontané et intimiste, toujours dans des lieux atypiques, insolites où le contexte est aussi important que l’artiste, et est une part centrale dans l’enregistrement. Beaucoup se sont emparés de l’idée depuis, mais la Blogotheque garde toujours cette image très identifiable. Une identité qui lui est propre dans l’esthétique des vidéos, dans l’habilité des réalisateurs à raconter des histoires et le déroulé des scénarios écrits momentanément lors des tournages. On repère facilement leurs vidéos, identifiable par leur logo : une lettre B dessinée en plein sans contreformes [i], s’accompagne des mentions « A Take Away Show » ou « Soirée de Poche » dans les titres. En début ou fin de vidéo des éléments typographiques type générique où l’on retrouve les noms de la production et de la réalisation ainsi que parfois le lieu et quelques informations secondaires. Pour le détail, les textes étaient à l’origine systématiquement composé en Knockout, linéale dessinée par Jonathan Hoefler et Tobias Frere-Jones, en pleine page, un écriture blanche sur fond noir qui introduisait et terminait la vidéo. Mais la pratique s’est un peu perdue depuis les nouvelles séries.

Le contenu que propose la chaîne m’a toujours plu, j’y trouve une force de composition et de narration qui je pense a la particularité d’emmener facilement le spectateur dans un contexte, urbain, rural, poétique, parfois politique. Lorsqu’on regarde ces vidéos, on se sent proche des personnes, du moment, de l’espace, comme lorsqu’on tombe par hasard sur un concert insolite et privilégié. La capture du son est aussi centrale dans l’identité et l’immersion puisqu’on peut toujours y entendre quelques pas, des bribes de discussions, un verre qui frotte contre la table, la voiture qui passe à côté ou même le vent qui souffle, ce qui nous amène à imaginer pleinement l’instant derrière notre écran.

Si aujourd’hui le média produit des vidéos d’une grande qualité cinématographique, où la photographie et autres ambiances lumineuses n’ont rien à envier à un plateau de tournage, les vidéos ont longtemps joué sur des esthétiques volontairement plus amateures, ce qui a tendance à produire plus de proximité avec le regardeur. Ce choix de capturer des lives en caméra embarquée a dans un sens ramené de la sincérité dans la manière de montrer et représenter la musique dans les clips vidéos. Originellement centrée sur des artistes underground et musiques indépendantes, la Blogotheque réalise aujourd’hui des clips pour des artistes mondialement connus, comme celui du fameux Say something de Justin Timberlake qui avec ses 323 millions de vues aura marqué le monde de la pop internationale de sa vidéo en plan-séquence magistralement orchestrée.

À l’horizon des nouvelles pratiques de la vidéo musicale en ligne, ont émergé depuis une dizaine d’années des concepts dont la réalisation et la production ont largement dépassé ce qu’il se faisait dans l’audiovisuel classique. Beaucoup d’initiatives isolées, indépendantes ont vu le jour et les industries, institutions culturelles s’en sont depuis largement emparées dans la promotion des groupes et des artistes.

Playlist : 47 à 48 Côté amateur/passionnés et indépendants, je voulais saluer le travail de la chaîne JVPHOTOANDVIDEO, découvert il y a peu en cliquant sur un live filmé du groupe Black Marble, qui depuis un an pose sa caméra dans les concerts où iel se rend. Si souvent la qualité sonore n’est pas au rendez-vous, la vidéo en revanche est d’une grande intensité, avec de beaux noirs et blancs.

Playlist : 49 à 50 Il y a aussi la chaîne Le bruit des graviers [j], dont les vidéos sont entièrement réalisées par Sébastien Brodart qui depuis 8 ans propose des sessions live acoustiques qui ne sont pas sans rappeler les premières années de la Blogothèque. Un cheminement entrepris au milieu de paysages urbains poétisés nous invite à parcourir des parkings de zones commerciales, des salles de restaurant, des gares, des friches, des couloirs vides, des hangars, les backstages des salles de concerts et même des terrains de handball. Chaque vidéo commence toujours par un passage dans les graviers. Cinq pas, dont on pourrait s’imaginer qu’ils changent à chaque fois de lieu avant d’arriver sur le lieu de tournage.

Playlist : 51 à 52 Dans cette idée de parcourir la ville, on trouve un peu plus à l’est Emmanuel Milon, auteur des sessions live Bruxelles Ma Belle. Ce dernier arpente depuis 9 ans les lieux et les architectures de la capitale belge qu’il cherche à mieux faire connaître en invitant des musicien.ne.s à se produire dans ou devant elles. Le but certain est donc la promotion d’un patrimoine qu’il juge parfois trop méconnu et qu’il cherche par le biais de ses vidéos à mettre en valeur. Au début de chaque vidéo, le nom de l’artiste est toujours suivi du lieu dans lequel la scène est filmée.

Enfin je terminerai en citant la chaîne Videoteca Bodyspace [k], dont les vidéos prennent places dans la région de Barcelos (nord Portugal) où ils vivent Playlist : 53 à 54 :

« La Videoteca Bodyspace c’est une invitation pour que des artistes puissent, le temps d’une journée, d’une après-midi, d’un instant, sortir de leur habitat et envahir l’espace public, propager de la magie dans des lieux insolites et inespérés, illuminer les espaces fantômes, remplir les interstices. C’est une invitation pour qu’iels s’inspirent de ce qui existe au-delà des scènes, des salles de répétition, de leur chambre, du confort qu’iels ont choisi pour leur création. Il s’agit de bousculer leur creativité et de la faire vivre dans la rue (dans la mesure du possible). C’est une vitrine privilégiée et spontanée pour écouter une chanson dans un décor imprévu. Et ainsi provoquer des moments imprévus. C’est aussi une manière de remplir les villes de vibrations, de vie, de surprises et de fantaisie. La Videoteca Bodyspace c’est ce que la musique désir être aujourd’hui. »

- C’est vrai que j’en avais assez moi des formats courts, des morceaux coupés en quatre pour les émissions radio ou T.V. D’ailleurs j’écoute et je regarde rarement ce qu’il s’y passe. T’écoutes toujours la radio toi ?
- Franchement plus trop, ou plutôt j’écoutes plus trop les ondes FM. À part peut être quand je cuisine ou dans la voiture, mais c’est très occasionnel, j’allume le poste.
- Ah ouais je me disais aussi, avec toutes ces images il y a de quoi rester bloqué à l’intérieur, c’est fascinant et beaucoup de ces vidéos sont très prenantes. On a l’impression de regarder pleins de courts métrages. Ça me rappelle quand j’enchaînais les clips du top 50 à la T.V, mais en mieux haha.
- Après tu sais je pense qu’aujourd’hui la télévision et la radio ont complètement dérivés vers des plateformes web, sur YouTube ont trouve vraiment plein de choses, de broadcasts d’émissions, de lives…
- Oui c’est vrai que tout a dérivé et a atterri ici. Les seules vidéos que je regarde pas mal c’est les broadcasts de Radio Nova, ils mettent pleins de vidéos live de leurs émissions ! Mais j’avoue je connais pas beaucoup plus que ça, je suis curieux si tu as deux ou trois références ?

Playlist : 55 à 58 Je navigue alors en tête de liste des chaînes que je suis, et je trouve deux émissions radio présentent sur le réseau de radiodiffusion de la NPR [l] (National Public Radio), non commerciale et de service public des États-Unis. Avec premièrement les sessions en live studio de KEXP-FM [m], radio publique américaine basée à Seattle depuis 1972, principalement spécialisée dans le rock alternatif et indépendant, mais qui depuis produit et diffuse d’autres genres : de la World music, du Punk, du Hip-Hop, de l’Electronica, de la Pop. La radio accueille toute les semaines des sessions live et les broadcast sur sa chaîne YouTube. Nommées « Full Performance (Live on KEXP) », ces émissions proposent à des artistes de venir jouer environ trois ou quatre morceaux de leur choix entrecoupés de moments d’interviews sur leurs projets en cours. L’enregistrement nous emmène donc dans les studios de la radio, un poil transformés par une scénographie cosmique de centaines d’ampoules LED colorées sur fond noir. Le format, proche de la chronique T.V et d’une grande qualité sonore est redoutablement efficace et rend bien compte de l’énergie live des groupes. La voie empruntée par KEXP montre l’hybridation qui s’opèrent depuis quelques années entre les médiums télévisés et radiophoniques sur YouTube.

Dans une forme un peu plus brute mais non moins qualitative en matière de live, la radio des Seattleites a trouvé son homologue du côté de Chicago avec le label Audiotree [n] qui propose lui aussi des sessions studio, dans le décor basique de leur salle d’enregistrement. Les deux chaînes filment également au quatre coins des États-Unis et même à l’international dans d’autres lieux, principalement salles de concerts ou festivals, jusqu’en Islande par exemple pour le live de Kiasmos au Kex Hostel à Reykjavik pour le Iceland Airwaves festival.

Je ne saurais conseiller que de consulter les différentes pages pour se rendre compte de l’immensité du contenu produit par ces chaînes. En attendant je peux déjà vous partager quelques vidéos, choisies très subjectivement : le live du groupe normand de rock psychédélique You Said Strange que j’ai eu l’heureux hasard de croiser à leurs débuts, alors qu’ils descendaient la côte atlantique ouest de la France lors une petite tournée improvisée au hasard des bars sur leur route. Un souvenir humainement agréable, et musicalement aussi. Aussi deux lives du groupe canadien The Courtneys : l’un sur KEXP et l’autre sur Audiotree, qui vous feront repenser aux moments ensoleillés avec un peu de légèreté.

C’est quand même étonnant toutes ces radios et labels qui se sont mis à produire de l’image vidéo non ? En bientôt 15 ans YouTube a été le terrain d’expérimentation de nouvelles formes médiatiques où on a assisté à un glissement des écritures télévisés et radiophoniques vers des objets hybrides, des projets menés par des personnes émancipées de la tutelle et des contraintes de leur parents institutionnels. L’hybridation, peut être le mot clé pour définir ce qu’il s’est produit dans les formes musicales durant ces années : hybridation des genres et des styles, des médiums de diffusion, notamment par l’arrivée du web et des plateformes multimédias, hybridation des rôles qu’occupent les acteurs de la musique où l’on remarque que les product.rice.eur.s, les diffuseu.se.r.s, les chroniqu.euse.eur.s, journalistes, les artistes et les passionné.e.s se croisent et se mêlent pour finalement se confondre. Il me semble que la radio a été porteuse de ce phénomène, notamment parce qu’elle véhicule déjà intrinsèquement des images mentales à travers l’écoute. S’emparer de l’image, surtout vidéo n’a donc fait qu’augmenter un tout qui était déjà là, contrairement à la télévision où tout se décide et est pensé pour produire du visuel et du spectacle destiné au divertissement d’un public.

Playlist : 59 à 62 Une autre émission, elle aussi étant née près des ondes radio : Les Tiny Desk Concerts, concept né d’une idée de Bob Boilen, musicien et journaliste à la NPR (Washington), de produire et diffuser des concerts depuis son bureau existent depuis une dizaine d’années et ont aujourd’hui au compteur plus de 700 performances d’artistes de tous genres et tous horizons. Ces concerts qui prennent places dans l’espace exigu d’un entre deux tables, au milieu des étagères, sont devenus également des moments incontournables de live, visionnés par des millions d’internautes. Le parti pris de ces shows est de montrer les artistes dans l’environnement un peu ingrat et bordélique du bureau, pour des performances acoustiques néanmoins chaleureuses d’environ 10 à 15 minutes (30 pour les plus longues). Le tout sonne comme à la maison et magnifie un espace du quotidien dans un moment de partage d’une grande simplicité. Il ne faudrait d’ailleurs pas que vous passiez à côté de la toute première vidéo réalisée par Bob, avec l’américaine Laura Gibson. Un enregistrement de qualité très amateure qui pourra rappeler à certain.e.s leurs premières heures de montage vidéo. Des images qui accompagnées de quelques chansons folk hivernales composent un tout très beau. Le concert du groupe Beirut deux ans après donne une impression similaire, et également celui de The XX où l’on a l’impression d’assister à la représentation de deux ados dans leur chambre (le look joue aussi). Je ne pouvais pas m’empêcher de terminer avec une dernière vidéo d’une énergie enivrante, récemment sortie cet été, du groupe de punk rock anglais IDLES, s’appropriant totalement l’espace, et même les personnes. Je vous laisse apprécier.

Playlist : 63 à 64 En faisant un tour de l’autre côté de la frontière nord étasunienne, je citerai également les House of Strombo, moments live de l’émission The Strombo Show de Georges Stroumboulopoulos, personnalité canadienne issu de l’audiovisuel mainstream. Du « fait à la maison » sur-produit, dans une esthétique noir et blanc avec des plans caméra très cinématographiques dont les plus marquant restent pour moi ceux des groupes de The Kills et Broken Social Scene.

De retour vers l’europe on retrouve plus modestement les français de Findspire Studio, plateforme web dédiée à la promotions d’artistes de tous horizons ayant fermée il y a environ 3 ans dont toutes les sessions live restent disponibles sur leur chaîne.

Beaucoup de ces projets ont émergé pour encourager et donner de la visibilité à des artistes émergent.e.s, dans des lieux de représentation peu communs. Mettre en avant l’artiste et son espace et essayer de raconter quelque chose d’ellui et de sa musique à travers des écritures qui alternent entre journalistiques, poétiques, sensibles et même documentaires. Ces nouveaux formats et formes données aux clips vidéo ont su rapprocher l’artiste de son public et ainsi peut être désacraliser l’imagerie médiatique donnée par les grands médias de la presse internationale, de la T.V et de la radio depuis des années. In fine, il résulte de cela une circulation aujourd’hui massive qui a amené les majors de l’industrie musicale et de la communication mais aussi les indépendants à solliciter ces moyens de production, de réalisation et de diffusion dans le but d’un outil promotionnel très puissant. Ainsi on ne passe plus à côté d’une session KEXP, Audiotree ou Tiny Desk, même de la Blogotheque qui a posteriori incarnent le mieux le devenir audiovisuel de la musique live.

Du côté promotionnel assez redoutable on ne passe pas non plus à côté des Colors Show [o], du webzine berlinois du même nom. Concept vidéo apparut il y a 3 ans sur YouTube où la plus grande partie des artistes internationaux tendances/actuels se produisent aujourd’hui. La forme est minimaliste : un.e artiste, un casque, un cube monochrome et un micro où l’on chante, parle, rap par dessus une bande sonore pré-enregistrée. L’artiste évolue dans un espace qui ressemble formellement à un studio d’enregistrement un peu customisé. Avec ses centaines de millions de vues, les Colors Show sont devenus une référence dans le milieu, aujourd’hui les majors sollicites régulièrement la plateforme qui représente pour eux une vitrine publicitaire et promotionnelle à bas coût. Malgré tout Colors a toujours la main sur sa ligne artistique et tient le cap de ses débuts où elle était dédiée en leurs termes à promouvoir les nouveaux talents émergents internationaux. Playlist : 65 Selon sa devise : « All COLORS, no genres ».

- En dehors des images, t’es aussi abonné à des chaînes juste pour leur musique toi ? Genre des webradios ?
- Oui bien sûr, parfois je lance une vidéo et je fais autre chose, je regarde pas forcément ! Et… en ce moment je traîne pas mal sur le stream live de la chaîne Nice Guys quand je suis chez moi, y’a toutes ses sorties pop/surf rock qu’iel diffuse en continu. Sinon quand je bosse ça m’arrive de mettre la chaîne Relax Music, c’est très orienté jazz ou musique brésilienne de salon mais bon ça fait l’affaire. Sinon y’a aussi la chaîne STEEZYASFUCK qui diffuse des instrumentales de hip-hop un peu lo-fi, chill.
- Ah oui je vois ! Plutôt dans une ambiance tranquille toi en ce moment !
- Oui c’est plus ou moins les vacances quand même !
- T’as bien raisons, moi j’écoutes pas mal Seoul Community Radio, et j’avoue j’aime beaucoup regarder leur directs aussi ! Ils font mixer les artistes sur fond vert et derrière ils intègrent une série de collages vidéo avec des contenus très variés ! Ils essayent d’être en adéquation avec le dj set. Playlist : 66
- Ah ouais je connaissais pas tu vois !
Merci pour la découverte, c’est visuellement plutôt pas mal.
- Et tu penses que ça va devenir quoi tout ça ?
- Comment ça  ?
- Bah tout ce que tu m’as montré, les petits labels amateurs, les covers, les détournements, les artistes, les émissions ? J’ai entendu dire qu’ils passaient toujours de nouvelles lois, que YouTube durcissait les contrôles pour tout ce qui est des droits d’auteurs.
- Et bien c’est vrai que j’avais remarqué que mes playlists avaient quelques trous par-ci, par-là. J’ai vu des vidéos supprimées et se faire interdire, sans savoir pourquoi… mais je pense que les gens continueront à faire ce qu’ils font déjà tout simplement ! Je suis pas devin non plus, sur une plateforme aussi dense je pense qu’on ne peut pas vraiment prévoir ce qu’il se passera.

En terminant cet écrit, je me disais une chose. Je me disais simplement que les milliards d’internautes encore actifs sur YouTube me permettent d’espérer qu’au moins iels continueront d’exister, de se mouvoir, de se re-penser, de cohabiter, de se croiser et de s’inspirer/se stimuler les un.e.s et les autres. Il me semble que la plus grande force de proposition ne réside pas obligatoirement dans la fuite ou le rejet de son environnement, même s’il est oppressant, inadapté, mais bien dans la capacité à le transformer en son milieu. Le simple fait de continuer à prendre position et de se diffuser en exploitant la plateforme pour s’en servir en tant que moyen de connexion, de création, d’agencement et d’organisation est déjà en soit la forme de résilience nécessaire à contrer l’uniformisation ambiante. La plupart des act.rice.eur.s suivent des circuits relativement loin des normes établies par les industries du numérique, de la communication et des majors de la musique. Néanmoins il est vrai que le contenu qu’iels proposent est régulièrement soumis à un contrôle et se trouve souvent entravé par les systèmes mis en place par le biais d’organismes et autres algorithmes destinés à décourager ces formes et formats libres et malvenus de continuer de se développer. En tout cas si l’ère de l’immédiateté dans laquelle on vit grâce aux outils numériques permet bien une chose, c’est de pouvoir réagir rapidement aux perturbations et en annihiler certaines.

Les act.rice.eur.s évoqués durant le texte prennant racine dans les pratiques DIY reliés au fanzinat et à l’amateurat au sens large ont su porter en eux les mêmes valeurs que leur prédécesseurs du monde physique, tout en suivant un cap vers lequel la frontière entre professionnel.le.s et amat.rice.eur.s devient de plus en plus mince. Le fait est que ces internautes on su changer une certaine vision classique et étouffante de la musique en lui donnant d’autres points de vue qui aujourd’hui se situent à l’horizon d’internautes un peu partout le monde. Relier des cyber-communautés entre elles pour ensuite impacter le monde physique, peut être que l’idée finale est là.

L’intention et la création ont su dépasser la logique dominante en convoquant d’autres imaginaires, d’autres formes que celle du développement technique/technologique, toujours inféodé à des intérêts économiques. Si un média comme YouTube désesert à priori les idéologies portées par ces internautes, ils ont malgré tout su se représenter en continuant de s’approprier, de parodier, de transfigurer, de magnifier, de diffuser, de proposer. Au travers d’exploration esthétiques, usant d’une technologie, d’une plateforme en réinventant toujours par la contrainte.

Je m’arrêterai là. Peut être en terminant quand même sur une dernière vidéo Playlist : 67 Merci à la chaîne Cecil Robert (entre temps devenue Raspberries and Rum) et son exploration contextuelle des morceaux qu’iel publie. Je vous laisse avec ce lien, symbolique, qui clôturera cette aventure musicale par un moment de répit.